Poètes contre la guerre

LA GUERRE DANS NOS YEUX

J’ai la nostalgie des rêves de K’ong-tseu, de guerres menées en liturgie. Les guerriers retiennent
dans leur danse la mort, s’offrent pour qu’elle ne s’égare, n’éclate comme napalm.
Je rêve de grands champs récoltés où se règle l’honneur dans le seul sang des soldats.
Les rêves de K’ong-tseu se sont noyés dans les rivières empoisonnées.
J’accepterais guerres sans honneur. Guerres décisives à la télé. Sports extrêmes, combats de
paramilitaires à la machette, à la baïonnette et chiens assassins, corps à corps de généraux à
poings nus ou américains.
J’accepterais d’emprisonner la guerre dans nos yeux.

Guy Jean

Du sang sur les astilbes - Écrits des Hautes-Terres, 2003 © en impression