Poètes contre la guerre

POÈME DE DÉBUT DE MILLÉNAIRE

tir nourri
de graffitis
jours et nuits de suicides

la ville a pris des airs de Bukowski
ruée de jurons
et bouteilles vides

Chelsea Hotel
n’est que rumeur
comme le roulement de la foule
à Wimbledon

la ville est
sang grouillant
la paix de septembre
couverture tentaculaire
la ville est livre
il faut décoder la ponctuation

Cohen chantait
First we take Manhattan
Then we take Berlin...

dans le ciel argenté
les siamois papillons étincelants
transpercent la muraille de verre
les mille feuilles de Ginsberg
lancées à tous venants
tapissent les décombres
étouffent l’officine du libraire

au loin dans sa caverne
le prophète fou
jubile
se nourrit des cendres de Goliath
se réjouit de la colère provoquée
au souffle de deux mouvements

l’arrogance blessée
réclame l’éclatement de l’estuaire
la mortelle expiation de l’insolence
la flamme meurtrière de la haine

Remus et Romulus
fil de Mars
vengeront leur mère

mais sous masques d’indignation et de colère
le doute bienfaisant
couvre la ville de sa sagesse

Bukowski disait
ah, the bravado is gone
the big run through the centre is gone
(...)
now I hear a siren
it comes closer
it stops
the man on the radio says...

ayant appris de la haine de l’autre
sauront-ils
s’imaginer se souhaiter
amis de l’ennemi?

pour que l’Histoire ne soit vénalité
provoquer l’ultime révolution
du baiser de la caresse
la virginité impromptue du fleuve

« Deçà, delà, pareil » à paraître, Éditions du Vermillon (c), Ottawa

Jean Boisjoli