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SANS TITRE
C'était
une saison inscrite sur le front de la terre
les oiseaux s'arrêtaient en plein vol
Seules les maisons marchaient
Des cercueils
amarraient à nos portes
et des morts frileux séchaient sur nos toits leurs doigts
frileux
seules nos maisons
marchaient
les hommes étreignaient
des poupées
les femmes dilataient leur corps jusqu'aux quais
les enfants en papier s'épinglaient sur les murs des écoles
seules nos maisons marchaient
parce qu'ils
ont hésité entre la rose et I'ombre
parce qu' ils ont chargé leurs fusils de pluie
ils sont morts d'oubli
ne meurent que les crédules
qui abritent sous leur toit un nuage étranger
qui écrivent leur visage sur la buée des villes
qui étreignent un canon de peur d'être seuls
ne meurent que
les naïfs
qui saignent avec le coquelicot
ils meurent le soir
quand les aiguilles s'alignent
qu'elles deviennent couteau dans la bouche des cadrans
lorsqu'ils décident
de mourir
que la terre à leurs yeux se décolore
ils prennent par la main leur vie
leur font visiter tous les recoins de leur corps
lorsqu' ils décident de mourir
ils délaissent leur peau au premier tournant du chemin
Ici il y avait
un pays
le feu se retira des mains des femmes
le pain déserta les sillons
et le froid dévora tous les enfants qui portaient une jonquille
sur l'épaule
Vènus
Khoury-Ghata
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