Poètes contre la guerre

SANS TITRE

C'était une saison inscrite sur le front de la terre
les oiseaux s'arrêtaient en plein vol
Seules les maisons marchaient

Des cercueils amarraient à nos portes
et des morts frileux séchaient sur nos toits leurs doigts frileux

seules nos maisons marchaient

les hommes étreignaient des poupées
les femmes dilataient leur corps jusqu'aux quais
les enfants en papier s'épinglaient sur les murs des écoles
seules nos maisons marchaient

parce qu'ils ont hésité entre la rose et I'ombre
parce qu' ils ont chargé leurs fusils de pluie
ils sont morts d'oubli
ne meurent que les crédules
qui abritent sous leur toit un nuage étranger
qui écrivent leur visage sur la buée des villes
qui étreignent un canon de peur d'être seuls

ne meurent que les naïfs
qui saignent avec le coquelicot
ils meurent le soir
quand les aiguilles s'alignent
qu'elles deviennent couteau dans la bouche des cadrans

lorsqu'ils décident de mourir
que la terre à leurs yeux se décolore
ils prennent par la main leur vie
leur font visiter tous les recoins de leur corps
lorsqu' ils décident de mourir
ils délaissent leur peau au premier tournant du chemin

Ici il y avait un pays
le feu se retira des mains des femmes
le pain déserta les sillons
et le froid dévora tous les enfants qui portaient une jonquille sur l'épaule

Vènus Khoury-Ghata